Humeurs

Un pour tous, tous punis !

Arnold se précipita dans la cuisine, le cartable sur le dos, les chaussures pas défaites ; il apostropha son père :

— Papa, tu sais quoi ? Ce mois-ci, on n’a pas de journée spéciale « questions » ». Toute l’école !

— Il y a une grève ?

— Non, c’est pas ça. La maîtresse en a assez. On pose trop de questions. Surtout les CP. Nous les CM2, ça passe encore. On se débrouille entre nous. On les aide un peu, les petits CP. Mais, ça ne suffit pas. Bon, d’accord. Ils posent toujours les mêmes questions. Mais là, je trouve que c’est injuste. J’en avais une à poser, moi.

Le père d’Arnold – appelons-le Candide – donc Candide réfléchit un instant avant de questionner son fils. L’école est un lieu d’apprentissage, où l’échange entre élèves et enseignants se fait principalement par le langage, des questions d’enseignants à élèves, d’élèves à enseignants ; des questions qui demandent des réponses.

Donc, ça cogite dans la tête de Candide.

— Tu ne me dis pas tout, Arnold.

Eh oui ! Arnold a oublié de dire que dans une classe à niveaux multiples, les élèves débutants côtoient les plus aguerris. Les nouveaux arrivants – les CP, il en arrive toute l’année (ce qui donne à cette école, une atmosphère plus libre, oui, c’est ça : un esprit plus libre) – posent des questions : comment trouver la liste des livres à lire, comment remplir son cahier d’exercices, à quel moment le rendre, etc., etc.

Quand l’élève fait sa rentrée (rappelons-le, il y a autant de rentrées qu’il y a d’élèves), la maîtresse lui explique tout en une fois, le premier jour. Et si l’élève n’a pas compris en une fois, il peut poser des questions. Sauf que cette école est spéciale.

Chaque élève possède une clef. Attention, cette clef ouvre certaines portes de certaines classes de l’école, en fonction du niveau de l’élève. Et parfois, c’est comme un jeu de piste. Dans certaines classes, il y a des casiers. Et dans certains casiers, il y a des livres. Mais ce qui est encore plus ludique, c’est que le livre recherché pas l’élève se trouve sur une liste, qui elle-même se cache dans un casier. À lui de la trouver, et il récupèrera son livre !

Deux fois par mois, la maîtresse organise une journée spéciale « questions ». Les élèves qui ont des questions à poser ont intérêt à participer. Et s’ils ne peuvent pas – ce qui est déjà arrivé à Arnold -, pas de problème, l’élève peut regarder une vidéo de cette journée spéciale.

Mais quand il n’y a pas de journée spéciale « question », ben la question qu’Arnold avait gardée spécialement pour cette journée spéciale, il peut se la mettre sur l’oreille.

— Arnold, mon chéri. J’essaie de comprends pourquoi ta maîtresse a réagi de cette manière. Et je la soutiens, parce que c’est la maîtresse. Parfois, les grandes personnes réagissent bizarrement aux yeux des élèves. Il y a probablement des éléments qu’on ne connait pas. Elle a ses raisons. Mais sache une chose, Arnold. Une question doit toujours être posée, quelle qu’elle soit. Et en échange, une réponse doit toujours lui être donnée.


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